
La filière véhicules d’occasion a connu un essor fulgurant au Bénin à partir de la fin des années 90, devenant ipso facto une vache à lait dont les prédateurs de l’économie nationale se sont saisi. Plusieurs tentatives de redressement de la filière ont échoué, à tel point qu’à ce jour, ce qu’il convient d’appeler un fleuron de l’économie béninoise continue de végéter dans les méandres des appétits politiques, avec à la clef, une gestion d’une opacité rare.
Bref historique
En effet, avec l’éclosion de la filière au début du régime Kérékou II, qu’il nous souvienne qu’une poignée d’hommes d’affaires aux allures sulfureuses l’ont occupée et en ont fait leur chasse gardée. Ils avaient quadrillé la filière de l’amont jusqu’à l’aval, avec le soutien très solide de plusieurs caciques du régime d’alors. Ce funeste partenariat a atteint son point culminant en fin 2000, à la veille des élections présidentielles de 2001, avec la création du « Parc Tampon Unique » dont la gestion exclusive fut confiée à l’homme d’affaires et homme politique Issa Salifou.
Et puisque la politique et les affaires sont deux frères ennemis, cette gestion fut retirée à l’homme d’affaires devenu entre-temps tout puissant. Les rumeurs de ce changement eurent un écho plutôt favorable au sein de la population qui se réjouissait de ce que les richesses nationales reviendraient dans le giron de l’Etat. Erreur ! Cette joie s’est vite transformée en grincements de dents lorsqu’on se rendit compte que le pillage n’avait fait que changer de mains : la filière fut confiée, par décret présidentiel à une société gérée par l’un des fils du Président de la République.
La filière sous l’ère Yayi
La gestion scabreuse de cette filière était l’une des raisons pour lesquelles le peuple assoiffé de changement a voté à 75% pour le candidat Boni Yayi aux dernières élections présidentielles. Aujourd’hui, le peuple semble se mordre les doigts. Les espoirs commencent à être déçus. Les belles promesses se seraient-elles volatilisées comme par enchantement ? La fougue de départ se serait-elle émoussée ?
De fait, dès sa prise de pouvoir, le Président Boni Yayi a fait de la gestion de cette filière une priorité. Il a aussitôt pris des décisions hardies, notamment celle de confier une bonne partie de la filière, notamment l’escorte à la douane. Des chiffres gargantuesques qui avaient été avancés au bout d’un mois de gestion, le peuple béninois tout entier s’était rendu compte de tout ce qui lui avait été arraché par une poignée d’individus qui du reste, continuent d’avoir pion sur rue et même n’hésitent pas parfois à narguer les populations spoliées.
Des espoirs déçus ?
En plus de l’aile escorte qui fut confiée à la douane, il a été décidé que les autres volets de la filière seraient confiés à des prestataires de service qui devraient en payer le juste prix dans l’intérêt de tout le peuple. Et c’est à ce niveau que le tunnel se rétrécit. Par exemple : le regroupement des véhicules et leur transfert du Parc Tampon vers les parcs de vente furent confiés à l’homme d’affaires et frère de l’imam de la grande mosquée de Zongo, le sieur Balla et à un groupe de jeunes que certains qualifient de « Jeunes Fcbe ». L’objectif était de redorer le blason du Port de Cotonou dans cette activité. Il fallait que les commerçants Nigérians et Nigériens qui traversent tout le Bénin de long en large pour aller s’approvisionner au Port voisin de Lomé au Togo, retrouvent confiance et reviennent à Cotonou, ville pionnière de l’activité. Pour réussir, il fallait alléger les faux frais qui
alourdissaient infiniment les factures. Il fallait aussi réduire sinon faire disparaître toutes les tracasseries routières afin que les marchands s’en retournent satisfaits dans leurs pays. Et que remarque-t-on aujourd’hui ?
Le « très homme d’affaires » Balla et ses « jeunes Fcbe» ont tôt fait d’aggraver la situation. Les plaintes et parfois des complaintes s’amplifient au jour le jour. La montagne des faux frais culmine aujourd’hui au double de sa taille d’il y a trois ans. Les formalités administratives et douanières sont interminables. Les agents de transit chargés de suivre les véhicules subissent quotidiennement un véritable chemin de croix et pour les faire taire, une ristourne de 100 F à 150 F Cfa est accordée par véhicule à chacun de leurs 5 syndicats. La sécurité des marchandises a baissé de plusieurs crans. Les véhicules d’occasion sont régulièrement et impunément délestés de leurs organes. Bref, la filière bat aujourd’hui de l’aile. Les Nigérians et les Nigériens ont repris le chemin de Lomé, de plus belle.
Cette situation était prévisible car en réalité la filière tourne toujours dans les mains des mêmes individus aux ambitions énormes. Balla, Kissezounon, Béhanzin et autres avaient été très actifs sous les différents règnes de Kérékou. Ne nous a-t-on pas appris à l’école que les mêmes causes produisaient les mêmes effets ? Cette vérité se réaliserait-elle autrement en politique ? Comment peut-il en être autrement lorsqu’à la veille des récentes élections législatives et communales la centaine de véhicules bardés aux couleurs des forces cauris ont tous été extirpés des garages de Balla et frères ? Comment peut-il en être autrement quand on sait avec quels soins et quelle assiduité les « jeunes FCBE » s’accaparent des richesses du pays pour ériger arrogamment des immeubles et acheter des voitures dont l’insolence n’a de pareille que dans la « Jet set » de la côte d’Azur ?
Il convient que le Président se réveille et invite ses poulains à de la modération, à défaut, à de la discrétion. Il convient également qu’il s’occupe un peu mieux de la filière s’il veut continuer à surfer sur la vague des milliards qui s’amoncèlent dans les budgets successifs de l’Etat.
Jacques RICHARD
(Collaboration)
Le 02/02/2009