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Emergence économique du Bénin : Les réformes incontournables
Emergence économique du Bénin : Les réformes incontournables  Le Bénin a connu depuis le renouveau démocratique, d’irréfutables avancées au plan politique. Mais ces acquis ne sont pas accompagnés de l’émergence économique escomptée. L’un des facteurs à l’origine de cette situation est le manque de réformes appropriées.
(Photo Irenéée Pascal Koukpaki)

Avec l’avènement de l’ère dite du changement, le Bénin a pris de nouvelles options pour  booster son économie. Plusieurs initiatives ont été prises par le pouvoir en place avec à la clé des fortunes diverses à court terme. Cependant, malgré ces actes positifs, il est difficile d’affirmer sans se tromper que le Bénin se porte mieux aujourd’hui qu’en 2006. La volonté politique au sommet de l’Etat pour faire du Bénin un pays phare, bien gouverné et émergent se heurte au quotidien à un environnement  économique pris dans le piège d’un système rigide où les investissements majeurs font défaut et le peu disponible n’est  pas harmonisé en fonction des besoins réels de notre pays.

L’énergie : levier de l’industrie

Le Bénin, pays d’économie à dominance fiscale ne bénéficie pas encore  d’une autonomie énergétique. Il suffit que la Nepa (Nigeria electricity power authority) ou la Vepa (Volta electricity power authority) subissent les affres d’une pluviométrie insuffisante, pour que la Sbee soit fortement grippée au point où le délestage pointe le nez et hypothèque la chaîne de l’activité économique à commencer par nos rares industries. Cette dépendance énergétique ne favorise pas une industrialisation de masse. Les zones franches ne serviront véritablement à rien sans la mise en œuvre d’une politique énergétique conséquente capable d’assurer l’expansion de l’industrie nationale. La résolution de ce problème doit être une préoccupation prioritaire aux dirigeants à divers niveaux. L’autre pair de manche est le gaspillage d’énergie qu’il faudra canaliser. A-t-on besoin de climatiser autant de bureaux de
l’administration publique, comme c’est le cas, à la charge du contribuable béninois ? Il est souhaitable que les autorités réfléchissent à des mécanismes pouvant permettre d’économiser l’énergie électrique pour combler le déficit au niveau des industries. Les usines tournent au ralenti puisque le coût de la production est presque doublé du fait de l’utilisation des groupes électrogènes. Dans ces conditions, les produits ne résistent pas à la concurrence. Mais l’énergie ne suffit pas à elle seule pour favoriser l’essor industriel et la croissance économique. Il faut des investissements judicieux opérés à partir des réformes qui tiennent compte des besoins actuels, définis à partir des expériences réussies et des insuffisances notées.

Des investissements conséquents   

L’état des lieux de l’économie béninoise montre plusieurs goulots d’étranglement à canaliser. Une lecture croisée des diverses performances réalisées et une analyse des causes des insuffisances constatées appellent des actions hardies. Entre autres, la création en urgence des institutions suivantes apparaît comme une nécessité. Il s’agit de :

-    une société financière spécialisée dans la mobilisation des fonds et le financement par le biais de crédits à moyen et long termes. Cette institution pourrait regrouper un crédit maritime, un crédit hôtelier et un crédit industriel. Elle serait l’organe de coordination des crédits mutuels actuels et leur instrument de financement des projets dans les secteurs précités. Elle financerait les grands projets nationaux, essentiellement privés, comme au Bostwana. Elle ferait office de fonds de promotion économique ;

-    une société de capital-risque spécialisée dans le financement des fonds propres des entreprises en vulgarisant dans le public, l’achat et la vente de titres, d’obligation ;

-    des sociétés de caution mutuelle professionnelle ou associatives pour dynamiser l’entreprenariat privé.

Mais la réforme la plus attendue par les Béninois à trait au foncier.

La réforme foncière : un casse tête

La réforme foncière permettra de limiter les litiges fonciers qui portent préjudice à l’exploitation des domaines pour des fins agricoles. Des  hectares appartenant à des particuliers ne sont pas mis en valeur sur toute l’étendue du territoire national. Ce phénomène est plus perceptible au Sud où les terres ne sont pas moins fertiles. De Dangbo jusqu’à Ouèssè en passant par Akassato, Pahou, Sékou, Allada, etc les propriétaires terriens ont acheté plusieurs hectares qu’ils préfèrent garder intacts, pour les morceler et les revendre à prix d’or plus tard. La pratique prend de l’ampleur et ces propriétaires terriens font de gros bénéfices, pendant que les petits agriculteurs peinent à avoir accès au plus petit lopin de terre pour leurs semences. La parcellisation outrancière des terres étant un sérieux handicap à la mécanisation de l’agriculture, il serait appréciable que les autorités accordent la plus grande
importance au problème foncier.

La fiscalité : un épouvantail pour les investisseurs

La rigidité du système fiscal béninois qui, fort heureusement fait l’objet d’un toilettage conséquent, fut un véritable épouvantail pour les opérateurs économiques y compris les petites et moyennes entreprises ou industries. Du secteur primaire au tertiaire en passant par le secondaire, toute la chaîne de l’activité économique a été victimisée par ce système unanimement décrié. Les conséquences de cette rigidité fiscale ont été redoutables pour l’économie béninoise : selon une étude d’impact réalisée par le cabinet international Multiconsult, en cinq ans (2003-2008), le Bénin a eu un manque à gagner de 68 milliards. Cette perte est due non seulement à la rigidité fiscale, mais aussi aux tracasseries et fraudes douanières, les faux frais, toutes choses qui ont entamé la compétitivité et la rentabilité du port de  Cotonou. A cela s’ajoute la fuite des capitaux nationaux et étrangers. L’exemple le plus
illustratif de cette contre performance économique est celui de la déception des investisseurs étrangers ayant fui la Côte d’Ivoire à cause de la guerre. Arrivés au Bénin pour effectuer de gros investissements, ils ont été découragés par non seulement les tracasseries et la lourdeur administratives mais aussi par le système fiscal béninois qu’ils n’ont pas hésité à qualifier d’ « épouvantail ». A présent les perspectives sont prometteuses compte tenu des réformes fiscales liées à l’investissement qui sont en cours et dont la loi y relative a fait l’objet d’une prise d’ordonnance par le Chef de l’Etat béninois en 2008.


                                                                                                        Orédola I. FALOLA 


Le 12/02/2009
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