Le confrère de la matinée Quotidien Béninois indépendant
Gestion des inondations au Bénin
Gestion des inondations au Bénin Décidément, le gouvernement du changement ne finira pas de nous étonner ! La logique qui a sous-tendu sa gestion des inondations au cours des deux dernières années ne paraît pas assez intelligible aux yeux de beaucoup de citoyens.
 
S’il est compréhensible qu’au nom de la solidarité sud-sud et en vue d’affermir les rapports séculaires de bon voisinage entre deux pays limitrophes, le Bénin vole au secours du peuple frère et ami du Togo frappé par un sinistre, il est difficilement concevable que les autorités béninoises déboursent 100 millions de nos francs pour appuyer son homologue togolais en vue d’assister les victimes togolaises de l’inondation alors qu’au même moment plusieurs localités béninoises étaient aussi inondées et n’avaient pas été assistées avec promptitude. C’est pourtant à cela que l’on a assisté courant 2008. Surtout que, quelques semaines avant ce geste de générosité du gouvernement béninois, nos autorités avaient sollicité l’appui de la communauté internationale dans le cadre de la survenue d’une épidémie de choléra. Premier paradoxe.
Mais un an après avoir volé au secours du peuple togolais, quelle attitude adopta le gouvernement du changement lorsque des quartiers de Cotonou, Porto-Novo et Abomey-Calavi ont été inondés par les eaux pluviales ? Prise de contact du chef de l’Etat avec les autorités des municipalités concernées, chaud médiatique, visites des quartiers sinistrés par des ministres du gouvernement accompagnés de quelques diplomates accrédités au Bénin et ça y est, le tour est joué ! Sans consulter la représentation nationale et sans avoir élaboré et mis en application un plan d’urgence interne ou tenté de lancer un appel à la solidarité nationale, on décrète dans la précipitation l’état d’urgence et dans la foulée, les aident ont afflué de part et d’autres. Le pays s’est subitement appauvri au point où l’Etat n’a pu dégager sur fonds propres, des ressources financières de l’ordre de 100 millions f CFA pour assister ses
propres  citoyens. De la situation reluisante des finances publiques à la mendicité de l’Etat béninois, le gouvernement du changement a vite fait de franchir le pas. Deuxième paradoxe..
L’autre paradoxe de la démarche de l’exécutif procède du fait que, face au sinistre actuellement occasionné par la crue du fleuve Mono, une crue qui est à la base de l’inondation des communes d’Athiémé, Grand-Popo et Lokossa, nos autorités n’ont eu d’autres réflexes que d’en appeler à la solidarité nationale. Conséquence, des transitaires ont pu mobiliser un million  f CFA, la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (Ccib) sous la houlette de son président Ataou Soufiano initie un téléton. C’est par pure générosité et de façon spontanée que la Croix Rouge s’active auprès des sinistrés et que la Libye fait don de plusieurs tonnes de vivres et de produits pharmaceutiques. C’est le même élan qui décida la Cedeao à soutenir le Bénin comme ce fut le cas d’autres pays ayant été victimes de la furie des eaux. Mais le ridicule, c’est qu’à l’Etat béninois qui avait à lui seul fait don d’une
enveloppe financière de 100 millions f CFA au Togo un an plus tôt, la Cedeao n’a octroyé que la bagatelle de 75 millions f CFA.
Ne dit-on pas généralement qu’aux grands maux, il faut appliquer les grands remèdes ? Qu’est-ce qui justifie alors que les autorités béninoises aient décrété l’état d’urgence, fait appel à l’aide de la communauté internationale dans le cas de l’inondation de quelques quartiers, alors que dans une situation d’inondation de plus grande envergure, elles se sont contentées de jouer la carte de la mobilisation des ressources à l’interne ?  La précipitation, diraient les adversaires politiques de Boni Yayi et de sa politique de changement. En effet, dans ces milieux, on pense que le Président de la République excelle dans l’art d’aller au devant des événements avec trop de passion qu’il ne prend pas souvent le temps d’en analyser tous les contours. Vraisemblablement, le gouvernement aurait réussi à mobiliser davantage de moyens en faveur des sinistrés de la crue du fleuve Mono s’il ne s’était pas empressé de
faire appel à l’aide internationale pour secourir les sinistrés de Cotonou, Porto-Novo et Abomey-Calavi, alors qu’il était possible de faire face à ce sinistre sur fonds propres.
Les conséquences néfastes des changements climatiques devenant de plus en plus manifestes et récurrentes, le gouvernement béninois doit tirer leçons des fausses notes observées dans la gestion des inondations de 2009 pour mieux aborder celles des années prochaines. Comme quoi, ''gouverner, c'est prévoir'' et il est temps que les autorités actuelles prennent l'initiative de fédérer toutes les forces vives de la Nation en vue d'une meilleure gestion des sinistres. Prévision, large concertation et tempérance, tels doivent être désormais les maîtres-mots de la gestion des questions d'intérêt national.

Faustin B. ADJAGBA







Le 25/09/2009
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