
Le ministère de la Culture, de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues nationales (Mcapln) est un ministère dont beaucoup ignorent les missions diversifiées à lui assignées. Il paraît vu en dehors un ministère sans importance à contenu banal. Et pourtant, c’est un mastodonte du fait de ses ramifications interministérielles quand bien même il est vrai que tous les ministères sont interdépendants.
La culture est l’âme de tout peuple et un peuple sans culture est dénué de sa substance vitale. Elle véhicule un ensemble de valeurs culturelles endogènes qui fondent la personnalité des agrégats des citoyens qui forment la population d’un pays. Des valeurs autour desquelles se définissent et se construisent des projets de développement sans que les populations ne se sentent coupées de leur base culturelle.
Les peuples qui l’ont compris, n’ont pas tourné le dos à leur culture. Au contraire, ils ont opté pour l’instruction et l’éducation dans leurs langues nationales comme le montre l’exemple des pays asiatiques et notamment, le Japon, les Corées, la Chine, l’Inde…, les pays européens, les pays arabes,... Et comme toutes les langues nationales ne peuvent être utilisées, il a fallu opérer des choix définis de langues sur des bases consensuelles pour engager les populations dans le processus du développement national. Des langues utilisées dans les enseignements officiels et dans les programmes d’alphabétisation et d’éducation des adultes. Ainsi, ce ministère à trois départements se retrouve en synergie d’actions avec ceux du Tourisme, de la Microfinance, Emploi des jeunes et des femmes, de l’Agriculture, Elevage et Pêche, de la Jeunesse, Sport et Loisirs, de l’Urbanisme, de la Communication etc.
La Culture
La culture se définit comme l’ensemble des données acquises et transmises à l’intérieur d’un groupe social.. Il s’agit des productions intellectuelles, artistiques, religieuses, littéraires, etc. de ce groupe, donc des activités liées à la création et l’art. Ainsi, les actions de ce département peuvent se décliner en sept axes principaux à savoir : la Musique, la danse et les spectacles vivants (Théâtre compris), les Arts plastiques, le Cinéma, la Lecture, les Musées, les Archives, les Patrimoines religieux et architecturaux.
Dans le département de la culture, des directions appropriées s’occupent des sous-secteurs sus-cités. Il est vrai qu’à l’étape actuelle des actions menées, ce sont les sous-secteurs de la lecture, de la musique, danse et spectacles vivants y compris le théâtre, ainsi que celui des musées qui sont les plus visibles. Ce qui ne signifie pas que celui du patrimoine architectural est négligé. Un état des lieux exhaustif est en train d’être opéré afin d’identifier tous les édifices coloniaux ou de conception architecturale nationale authentique ou bâtis sur l’ancien style architectural brésilien. Ce n’est qu’après ce travail de base que, les résultats seront introduits en conseil des ministres puis à l’Unesco et auprès de l’Alliance des anneaux de mémoires pour savoir exactement quels seront les patrimoines architecturaux à préserver. Mais pour en arriver à ce résultat, base de l’émergence culturelle
béninoise, il faut que des actions fortes se posent en vue d’introduire dans le Bénin une intelligente politique de vulgarisation des langues nationales.
L’Alphabétisation et les langues nationales
L’analphabète n’est pas forcément l’illettré qui ne sait pas lire et compter dans la langue officielle de son pays. Autant il y a des illettrés alphabètes, autant il y a des lettrés analphabètes. Nombre de pays asiatiques avec en tête le Japon, la Chine, la Malaisie, les Corées, les pays latino-américains etc. ont compris l’importance de conduire des actions de développement dans les langues nationales. Aucun étudiant béninois ou africain en formation dans ces pays ne fait ses études en langues internationales telles que le français ou l’anglais. Les étudiants africains qui y ont fait leurs études universitaires ont connu une alphabétisation accélérée dans la langue nationale de ces pays comme le chinois, le japonais, le coréen, le malais, l’espagnol, le tchèque, le roumain, le danois etc., langues dans lesquelles leurs études ont été faites pour la plupart..
Une bonne politique des langues nationales au Bénin est tout à fait possible si les uns et les autres font preuve de patriotisme et comprennent que c’est le Bénin qui en sortira grandi.
L’avantage important certain qu’on peut retenir et qui est évident est l’unicité linguistique au plan national. Ceci a l’avantage de faciliter la communication entre tous les fils d’un même pays mais surtout les échanges entre chercheurs sans avoir à passer par l’intermédiaire d’un interprète.
Les récentes critiques sur la politique de l’alphabétisation repose sur la complexité d’un dossier difficile à conduire. Qui s’y précipite s’y engouffre et s’y perd. Le français, langue nationale de la France et internationalement parlée actuellement était la langue du groupe des Francs. Elle a mis des siècles pour s’imposer comme langue nationale et de travail de toute la France. Le Bénin dispose actuellement d’un répertoire d’une cinquantaine au moins de langues ethniques. La question fondamentale est de savoir lesquelles choisir prioritairement si l’on veut éviter les conflits ethnocentriques. C’est pourquoi, le ministre Ganiou Soglo s’attelle avec toute la prudence requise à la résolution de cet épineux problème. Ce n’est qu’après qu’il sera possible d’introduire les langues nationales dans les programmes scolaires.
Quant au programme d’alphabétisation et d’éducation des adultes, il ne souffre pas des mêmes handicaps que celui de l’introduction des langues nationales dans le système scolaire. A ce niveau, il s’impose une très importante réflexion sur la question en Conseil interministériel et en présence de tout le panel des sages et de responsables communaux dont dispose le Bénin ainsi que celle de toutes les personnes ressources ayant travaillé sans ethnocentrisme sur cette très délicate question. Etre alphabétisé dans sa langue nationale et dans celle du colon est un plus.. Cela offre l’avantage certain d’une réelle inculturation, gage de bonnes dispositions pratiques à un développement certain sur la base des valeurs culturelles endogènes.
Le déchaînement de l’espoir culturel est permis mais à condition que les autorités au plus haut niveau s’y adonnent à fond en mettant les moyens nécessaires à disposition. Alors, le Bénin qui ne cesse d’étonner, étonnera encore !
Kolawolé Maxime SANNY
Le 16/11/2009