Le confrère de la matinée Quotidien Béninois indépendant
Le gouvernement cache la vérité : Le vrai visage du changeme
Le gouvernement cache la vérité : Le vrai visage du changemeLa SCRP de 3ème génération en cours de préparation est l'occasion de relancer la réflexion stratégique du Gouvernement et constituera le lien entre programmation et exécution budgétaire. Il apparaît d'ores et déjà que l'année 2010 étant une année de transition entre la SCRP2 et la SCRP3, elle ne permettra

pas non plus d'atteindre tous les objectifs de développement que le Gouvernement s'était fixé pour la période de la SCRP2. Car, d'une part certains écarts entre les objectifs fixés et les réalisations effectives sont déjà trop importants. D'autre pan les PTF ont l'impression que la méthode de régulation budgétaire ad'hoc utilisée par le Gouvernement pour combler l'écart entre le budget de l'Etat mis en œuvre et les ressources financières disponibles pour les dépenses publiques, mène à un blocage général dans le système de Gestion des Finances Publiques. Ceci au détriment des dépenses prioritaires pour le développement. En effet, le système SIGFIP étant souvent fermé, ces dépenses ne peuvent pas être engagées, même pour certaines ressources extérieures pourvues par les PTF. Les Partenaires espèrent que cette situation ne sera que temporaire.
Le rapport décrit comment le Gouvernement a fait face aux défis concernant la Gouvernance en général et la Gestion des Finances Publiques en particulier. Le Plan d'Actions pour l'amélioration du Système de Gestion des Finances Publiques adopté en mars 2009 a constitué une étape importante vers la modernisation de son système de finances publiques. Il est à présent important que la mise en œuvre s'accélère pour permettre d'augmenter les performances du système. Les partenaires se sont fortement engagés aux côtés du gouvernement pour l'appuyer dans les réformes à travers un projet d'appui conjoint ainsi que d'autres projets connexes. La mise en place d'une structure de pilotage de la réforme (UGR) montre la détermination du gouvernement mais des efforts supplémentaires sont requis pour améliorer le pilotage de la réforme. Par ailleurs, les partenaires saluent l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les Marchés Publics votée par l'Assemblée au 1er trimestre 2009, mais ils regrettent que certains décrets d'application pour sa mise en œuvre effective tardent à voir le jour.
Toujours dans le domaine de la Gestion des finances Publiques, les Partenaires regrettent aussi les nouveaux retards accusés en 2009 par rapport au calendrier de rattrapage que le Gouvernement était convenu avec Partenaires du groupe ABC, concernant la préparation et la présentation au Parlement des projets de Lois de Règlement,
Une autre priorité dans le domaine de la bonne gouvernance reste certainement la lutte contre la corruption.
Les partenaires auraient souhaité que le rapport d'avancement décrive davantage les mesures prises par le Gouvernement sur ces questions et en particulier sur la suite donnée au dossier de la CEN-SAD. Les Partenaires encouragent le Gouvernement à poursuivre cette lutte. La corruption et la mauvaise gouvernance pèsent lourdement sur le développement et la croissance. L'impunité, réelle ou supposée, risque aussi de miner la crédibilité des Institutions censées être les garantes de l'application des principes et des lois de l'Etat de droit, dont le Bénin peut se prévaloir.
Avec votre permission, je voudrais donner la parole à mes collègues pour rentrer un peu plus dans les détails concernant les cinq axes prioritaires de la mise en œuvre de la SCRP 2. Nous essayerons de nous limiter à l'essentiel des points qui méritent une attention particulière.


Axes 1 et 2: Accélération de la croissance et Développement des infrastructures

Dans le domaine de l'accélération de la croissance, le rapport note que la crise économique mondiale a eu des impacts significatifs sur les performances macroéconomiques du Bénin en 2009 avec un taux de croissance très faible de 2,7% contre une prévision initiale de 5,7% et une détérioration du déficit budgétaire à 7,3% du pm contre 3,5% en 2008. Si les PTF reconnaissent que la crise a certainement eu des effets négatifs sur l'économie béninoise, ils tiennent néanmoins à souligner qu'elle a permis de mettre en exergue un certain nombre de faiblesses structurelles et de dysfonctionnements internes qu'il convient de corriger pour atteindre une croissance suffisamment forte pour avoir un impact significatif sur la pauvreté.
En effet, les conditions externes difficiles ont mis en lumière la vulnérabilité de l'économie béninoise aux chocs extérieurs du fait sa forte dépendance du Nigeria et de sa faible diversification. Il est donc important de diversifier la base des exportations de l'économie à travers notamment l'identification et le développement de nouvelles filières agricoles et agro-industrielles émergentes tel que recommandé par le Document d'Orientations Stratégiques 2006-20 Il. C'est pourquoi, nous encourageons le Gouvernement à accélérer la mise en œuvre des réformes structurelles qui ont comme objectif de rendre l'économie plus compétitive.
En ce qui concerne l'agriculture qui constitue un secteur très important pour la croissance économique à court et à moyen terme, le rapport décrit des actions entreprises en 2009 comme le projet d'urgence PUASA, l'acquisition de tracteurs et d'autres matériels de mécanisation agricole par le projet PPMA, et l'installation de 322 jeunes agriculteurs dans la Vallée de l'Ouémé. Les partenaires s'interrogent sur leur priorité et sur la durabilité des mécanismes de mise à disposition des intrants du PUASA et des tracteurs du PPMA. Aucune mention n'est faite dans ce rapport de la stratégie dans laquelle s'inscrivent ces actions, alors qu'au cours de la même année 2009 un grand effort a été fait, avec une contribution importante des PTF et avec la participation des acteurs du secteur, pour actualiser la stratégie PSRSA. Un Pacte a été signé en octobre 2009 à l'occasion d'une Table ronde. On reste aujourd'hui dans l'attente de ses conséquences sur le plan institutionnel et opérationnel: la mise en œuvre du PSRSA à travers le Programme National d'Investissement Agricole (PNIA). Or les perspectives du secteur agricole dépendent largement du respect du Pacte y compris la mobilisation de l'ensemble des acteurs et des ressources tant publiques que privées. C'est pourquoi, il est important de clarifier la direction que le pays souhaiterait prendre vis-à-vis de la programmation du financement du secteur agricole, avec des orientations claires sur la direction globale et un calendrier de finalisation des détails opérationnels aussi bien en matière du financement public que du suivi-évaluation des performances du secteur. Dans ce cadre, il importe de veiller au renforcement du partenariat public privé et de mettre davantage l'accent sur le rôle des pouvoirs locaux et des structures déconcentrées dans la mise en œuvre des programmes agricoles afin de promouvoir le développement des potentiels humains et naturels en fonction des contraintes et des opportunités locales.
S'agissant du secteur privé, les PTF regrettent que le document soit resté très vague sur les actions qui seront effectivement réalisées pour favoriser son développement. En particulier, l'étude sur le climat des affaires et les recommandations faites au niveau du CPI ne sont pas capitalisées et le rapport ne fixe pas de cibles tangibles et réalistes à atteindre. Par conséquent, les scores du Bénin dans le classement Doing Business restent encore peu satisfaisants pendant que d'autres pays conduisent des réformes nécessaires avec célérité. Cette situation ne manque pas d'entamer la compétitivité du Bénin qui va en s'effritant.
Dans le domaine des infrastructures, les PTF sont conscients que les besoins en matière d'investissements sont énormes mais encouragent le Gouvernement à focaliser les investissements en infrastructures dans les domaines où les contraintes à l'accélération de la croissance sont les plus importantes. Dans le secteur du transport terrestre, bien que la stratégie du Gouvernement inclue l'aménagement de nombreux axes routiers et l'ouverture de nombreuses pistes, la politique de préservation du patrimoine routier montre des faiblesses. L'entretien des routes n'est pas optimal, et la problématique des surcharges à l'essieu affecte de façon notoire la durée de vie des routes construites à grands frais. Les PTF déplorent le faible niveau de dépense d'entretien courant en 2009, et encouragent le gouvernement à mettre en application le règlement 14 de l'UEMOA relatif au contrôle de la charge à l'essieu des véhicules lourds.
Concernant le secteur du transport maritime, l'année 2009 a été marquée par le démarrage des travaux de réhabilitation du Port (construction d'un quai et le prolongement de l'épi d'arrêt des sables), et l'optimisation de son système de gestion logistique qui a permis de réduire de 60 % les temps d'attente des armateurs au Port de Cotonou. Les PTF encouragent le Gouvernement à mettre en place le Système d'Informatisation du Guichet Unique pour le Commerce Extérieur (SIGUCE), nécessaire à la transformation du Bénin en une plateforme logistique de référence pour l'Afrique de l'Ouest.
Au niveau du secteur de l'Hydraulique et de l'Assainissement, les PTF notent que les valeurs cibles prévues pour 2010 ont été atteintes pour 3 des 4 indicateurs. Ils déplorent toutefois les retards actuels dans la passation des marchés publics et le circuit de paiement, aboutissant ainsi à une très faible capacité d'absorption des ressources mises à la disposition de la Direction Générale de l'Eau (DG Eau), de la Direction de 1 'Hygiène et de l’Assainissement de Base (DHAB) et de la SONEB. Ces problèmes risquent de compromettre non seulement l'atteinte des résultats en 2010 mais aussi celle de l'année 2011.
La DHAB et ses services déconcentrés n'ont toujours pas la capacité de faire progresser le sous secteur de l'hygiène et l'assainissement de base. Il manque par ailleurs une coordination efficace des acteurs dans ce sous-secteur, y compris les communes, et il est donc nécessaire d'accélérer l'actualisation et/ou la relecture de la politique nationale de l'assainissement.
Toujours dans le domaine de l'eau, les PTF déplorent le fait que la Loi portant gestion de l'eau ne soit pas encore votée par les députés. Par contre, le nouveau cadre tarifaire de la SONEB a finalement été mis en application le 1er juillet 2009 ce qui a renforcé son équilibre financier, permettant de favoriser un accès plus aisé à l'eau potable des populations à faibles revenus.
Dans le secteur de l'énergie, les PTF notent que la réforme de la Société Béninoise d'Energie Electrique (SBEE) devrait se traduire par une scission de la SBEE en deux entités distinctes: une société publique de patrimoine, chargée de développer les infrastructures de production et de transport d'une part, et d'autre part, une société d'économie mixte de distribution d'énergie électrique à gestion privée. Nous voudrions signaler que cette décision nécessitera une étude préalable qui devra démontrer le meilleur moyen d'atteindre l'objectif ultime de la réforme qui est d'amener la SBEE à un meilleur niveau d'opération. Les PTF insistent également sur la nécessité de renforcer les capacités et l'amélioration de la gouvernance des acteurs du secteur, en particulier la SBEE et l'ABERME.

Axe 3: Renforcement du capital humain

Au niveau du secteur de l'éducation, les PTF notent avec satisfaction les progrès réalisés en matière d'accès à l'éducation de base. Les cibles, exprimées en taux brut de scolarisation (TBS) ou de taux brut d'admission (TBS), ont été atteintes voire dépassées. Mais il reste des défis sur le plan de la qualité de l'enseignement.
L'analyse sectorielle comprend une analyse satisfaisante de chaque indicateur de performance sans pour autant déboucher sur une conclusion synthétique qui insisterait sur les véritables enjeux pour le développement du secteur: l'amélioration de l'accès s'accompagne d'une détérioration de la qualité et reflète des difficultés de pilotage du système. De manière générale, le rapport d'avancement n'aborde pas les liens en termes de contraintes et défis entre le secteur et les thématiques transversales: la gestion des finances publiques, réforme de la fonction publique, décentralisation, question genre. Par ailleurs, le lien entre les choix stratégiques faits dans le PDDSE, les politiques réellement mises en œuvre et les performances réelles reste vague. Les performances doivent être revisitées à l'aune des choix stratégiques qui avaient été faits dans le PDDSE/SCRPII afin de pouvoir déboucher sur l'identification de nouvelles mesures.
Pour le supérieur, il n'est pas fait mention de la concomitance entre l'explosion des effectifs et la chute du pourcentage de la part des effectifs inscrits en filières professionnelles: c'est-à-dire une dégradation de l'adaptation de l'enseignement supérieur au marché de l'emploi.
Enfin, les données du sous-secteur de l'alphabétisation indiquent que l'effectif des alphabétisés est passé de 32 353 en 2006/7 à 29057 en 2008/9. Il s'agit d'une contre performance qui mérite d'être mieux expliqué. 

(A suivre)

Le 27/08/2010
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