De nombreux sujets, hommes et femmes, enfants et adultes sont victimes du ronflement. La plupart l’ignorent ou ne veulent pas le reconnaître. Seul l’entourage est partagé entre le désir de le leur signaler et la crainte de les offenser. Il peut avoir des conséquences sociales importantes dans les relations avec le conjoint et l’entourage.
Bien que le ronflement ne soit pas volontaire, il n’est pas une fatalité. Il relève de plusieurs causes et sa prise en charge a connu de nombreux progrès ces dernières années.
1- Définitions et mécanismes
Le ronflement est un bruit qui est dû au passage de l’air dans les voies aériennes un peu rétrécies, au niveau du pharynx. Il traduit la vibration du voile du palais et des parois du pharynx sous l’action du flux aérien anormalement turbulent.
La ronchopathie regroupe l’ensemble des pathologies liées au ronflement.
Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est la complication de la ronchopathie. Elle se définit par la survenue répétitive au cours du sommeil d’obstructions complètes ou partielle des voies aériennes supérieures, responsables d’apnées ou d’hypopnées.
On distingue deux types de ronflement :
- le faux ronflement ou raclement est un bruit qui se produit aux deux temps de la respiration, en rapport avec le passage de l’air par la bouche et à la vibration de la langue, des joues et des parois pharyngées sans participation du voile du palais ;
- le vrai ronflement est un bruit inspiratoire de grande intensité, sonore, lié à la vibration du voile du palais et des parois du pharynx.
Un ronflement moyen atteint facilement un niveau sonore de 45 dB à 60 dB (le bruit d'une voix), tandis qu'un ronflement majeur peut dépasser les 95 dB, ce qui correspond au bruit du passage d'un camion.
2- Quelques données épidémiologiques
Sur une population d'adultes âgés de plus de 30 ans, on estime que 20 à 30% des hommes, et 15% des femmes sont des ronfleurs habituels.
Chez les femmes, la progestérone joue un rôle protecteur des tissus. Passé 60 ans, les différences entre les deux sexes s’estompent. Les femmes sont alors rattrapées dès la ménopause par une pathologie qu’elles croyaient réserver à leur conjoint.
Il y a une augmentation du trouble avec l’âge, attribuable principalement à la perte, en vieillissant, du tonus des tissus.
Chez l’enfant, le ronflement régulier, en dehors des périodes aiguës de rhinopharyngites est tout à fait anormal.
3- Rappel anatomique
Le pharynx est un conduit musculo-fibreux qui s’étend de la partie postérieure des fosses nasales jusqu’au début de l’œsophage. Il peut être divisé en trois parties :
- le rhinopharynx ou nasopharynx qui se situe en arrière des fosses nasales et se termine au-dessus du voile du palais ;
- l’oropharynx qui prolonge le rhinopharynx et qui se termine à hauteur de la troisième vertèbre cervicale. Il comprend en haut le voile du palais et sa luette, latéralement les loges amygdaliennes et les amygdales, en bas la base de la langue ;
- l’hypopharynx ou laryngopharynx qui se situe en arrière des voies respiratoires et se termine par la bouche oesophagienne, début de l’œsophage.
Le ronflement est souvent lié à des problèmes respiratoires durant le sommeil. Ces problèmes surviennent notamment lorsque les muscles du pharynx, du palais, de la luette et de la langue se relâchent pendant le sommeil profond et vibrent bruyamment au passage de l'air durant l'inspiration. Le passage de l'air est d'autant plus limité que la luette et le voile du palais sont plus relâchés et volumineux. D'autre part, le volume de la langue et sa position au-dessus de l'entonnoir pharyngé sont des éléments prépondérants dans la genèse de la vibration sonore. Une obstruction nasale est également un élément qui peut augmenter l'importance du ronflement du fait de la respiration buccale exclusive.
4- Manifestations cliniques et causes
De nombreux patients consultent pour des troubles du sommeil pour eux-même et leur conjoint. Le ronflement se manifeste par un bruit de gorge, léger ou fort, émis périodiquement durant le sommeil.
Les causes du ronflement sont multiples. On distingue les facteurs de risque et les causes proprement dites.
Les facteurs de risque sont :
- Le surpoids : dans 30% des cas, les ronfleurs ont un poids normal. Chez les sujets obèses, la fréquence du ronflement attribuable à l’obstruction des voies respiratoires est de 12 à 30 fois plus élevée.
- Certains médicaments comme les somnifères peuvent causer un relâchement des tissus mous du pharynx.
- La congestion nasale réduit le passage de l’air et favorise une respiration par la bouche.
- Dormir sur le dos, car cela amène la langue en arrière, réduisant ainsi l’espace pour le passage de l’air.
- Consommer l’alcool en soirée : l’alcool agit comme sédatif et détend les muscles et les tissus du pharynx.
- Le tabagisme.
Les causes proprement dites sont :
- une déviation de la cloison nasale ;
- une augmentation du volume des cornets moyens ;
- un voile du palais mou, long et abaissé ;
- une augmentation du volume des amygdales palatines ;
- une luette trop longue ;
- une grosse base de langue.
5- Conséquences
Le ronflement va engendrer la ronchopathie qui à son tour sera responsable du syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS).
La ronchopathie regroupe l’ensemble des pathologies liées au ronflement : asthénie, céphalées, le SAOS.
Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est la complication de la ronchopathie, caractérisée par la survenue répétitive au cours du sommeil d’obstructions complètes ou partielle des voies aériennes supérieures, responsables d’apnées ou d’hypopnées. Seul un réveil brutal permet au ronfleur de respirer à nouveau normalement.
L’apnée de sommeil peut entraîner :
- une fatigue chronique avec baisse de la vigilance ;
- une somnolence diurne avec ses conséquences (mauvaise conduite automobile notamment) ;
- des maux de tête et des répercussions beaucoup plus graves à long terme sur l’organisme.
Lorsque les apnées se répètent plusieurs fois par heure, des effets néfastes peuvent se manifester, avec :
- des troubles de la tension artérielle, une souffrance du muscle cardiaque et des tissus nobles, en particulier le cerveau ;
- La nuit de sommeil, fragmentée par de nombreux micro-éveils le plus souvent non perçus par le patient, est suivie d'un réveil matinal difficile ;
- Ainsi, des endormissements intempestifs peuvent se produire à n'importe quel moment de la journée et interfèrent alors gravement avec les activités sociales et professionnelles du patient.
6- Traitement
La prise en charge du ronflement est multidisciplinaire et fait appel à plusieurs spécialistes dont l’ORL en premier lieu.
Il existe plusieurs solutions qui ont fait leurs preuves allant de simples mesures hygiéno-diététiques à la chirurgie.
Les mesures hygiéno-diététiques sont :
- Eviter le tabac (irrite la muqueuse nasale), l’alcool (dimunie la force des muscles du pharynx) et les somnifères (font sombrer dans un sommeil profond et favorisent un relâchement musculaire) ;
- Limiter le surpoids : Les hommes « légèrement enveloppés» sont très souvent confrontés au ronflement. En effet, alors que les femmes ont tendance à s'arrondir du bas, les hommes, eux, stockent le surplus de gras dans le haut du corps, d'où le charmant râle nocturne. Pour certains d'entres eux, un régime peut s'avérer suffisant pour pallier ce problème ;
- Dormir sur le côté ou mieux, sur le ventre. Le fait de dormir sur le dos est un facteur de risque. Pour l'éviter, on peut placer une balle de tennis dans le dos du pyjama ou se procurer un t-shirt antironflement (dans lequel on peut insérer trois balles de tennis). On peut aussi réveiller discrètement le ronfleur pour le remettre en bonne position. Il existe des bracelets à piles qui réagissent au son et émettent une vibration pour le réveiller discrètement. Le changement de position ne peut pas faire disparaître un ronflement majeur, mais peut effacer un ronflement modéré.
- Supporter le cou et la tête. Il semble que la posture de la tête et du cou influence légèrement le ronflement et les épisodes d'apnées chez certaines personnes, mais les preuves scientifiques de l'efficacité des oreillers antironflement sont minces. Des oreillers qui permettent d'allonger le cou ont quelque peu amélioré la respiration de personnes souffrant d'apnées du sommeil.
Les autres remèdes sont :
- Le masque nasal : pour les personnes qui veulent éviter une opération, il existe un masque nasal relié à une turbine, et qui empêche le pharynx de se refermer complètement.
L'inconvénient est que cet appareil est encombrant et pèse près de trois kilos. Pas très sexy...
- Le laser CO2 : sert à diminuer la longueur du voile du palais. Ces séances de laser sont réalisées sous anesthésie locale.
- La chirurgie du voile du palais et celle de l’avancée de la langue : elles nécessitent une anesthésie générale et une hospitalisation de plusieurs jours. Elles sont douloureuses et demandent une période de convalescence assez longue (de 10 jours à plusieurs semaines).
- La radiofréquence : Cette procédure très récente et la plus simple consiste à introduire sous anesthésie locale une électrode dans l'épaisseur des tissus qui gênent le passage de l'air et à faire passer qui rétracte les tissus et dimunie leurs vibrations. Il est recommandé d'effectuer plusieurs séances à faible intensité. La procédure prend une trentaine de minutes sous anesthésie locale. La douleur qui lui fait suite semble plus modérée que pour la chirurgie classique ou par laser.
- Recherches. Une nouvelle procédure en cours d'expérimentation utilise l'injection d'un produit chimique sclérosant dans la portion sous-cutanée du voile du palais. Selon les chercheurs qui l'ont mise au point et expérimentée, cette procédure est moins coûteuse et moins douloureuse que la précédente, tandis que son taux d'efficacité est semblable : des 27 ronfleurs qui ont subi l'intervention dans le cadre d'une étude, 92 % ne s'étaient pas remis à ronfler deux mois plus tard, et 75 %, 19 mois après.
Conclusion
Le ronflement est un symptôme fréquent des troubles de sommeil qu’ignore parfois le sujet qui en souffre. Il est plus fréquent chez l’homme que chez la femme. Il peut être source de plusieurs inconvénients aussi bien pour la santé que pour la vie du couple et conduire parfois au divorce.
Il existe de nombreux remèdes pour le soigner, allant de simples mesures hygiéniques à la radiofréquence en passant par la chirurgie ou le laser.
Par Docteur Joël BOKO
Service ORL
Centre Hospitalier du Lamentin
Martinique
Le 21/09/2010