
Il est de notoriété publique que le développement socio-économique des pays africains doit reposer sur un socle : la culture. Mais au Bénin, malgré les efforts de plus en plus renouvelés du Ministre Ganiou Soglo, quelques goulots d’étranglement subsistent et qui ne favorisent pas l’émergence de la culture. Votre journal a ouvert ses colonnes à l’un des jeunes talents de la musique Béninoise.
Richard Flash, puisque c’est de lui qu’il s’agit, apporte ici sa vision du développement culturel de son pays. Ardent défenseur de l’identité culturelle béninoise, ce jeune artiste auto-producteur prône une meilleure visibilité des acteurs culturels nationaux, condition sine quoi non de la décolonisation de la culture béninoise.
Le Confrère de la matinée : Bonjour, nos lecteurs aimeraient vous connaître.
Richard Flash : Richard Flash pour les mélomanes et Richard Kakpo à l’état civil. Je suis issu d’un père pêcheur et d’une mère commerçante. Je suis natif de Grand-Popo. J’ai commencé très tôt dans le milieu du show biz, d’abord en tant qu’animateur radio, ensuite j’ai viré dans la chanson à travers le zouk.
Le public béninois a eu à connaître plus ou moins les heures fastes de Richard Flash. Mais depuis un moment, on n’entend plus beaucoup parler de l’artiste. Que s’est-t-il passé ?
Effectivement, le public à eu à connaître mes succès, mais j’ai décidé de reculer, prendre mon temps afin que mon 3ème album soit encore plus accepté par le public. Je n’ai pas voulu faire comme certain qui brillent un moment et après meurt définitivement, artistiquement parlant. Je voudrais faire des choses qui plaisent davantage au public et qui résistent au temps.
Le lieu de résidence de Richard Flash ? Cotonou ? Paris ? Ou à cheval entre deux ?
Oui toujours. Mais actuellement plus présent au Bénin parce que j’ai crée ma maison de production dénommé Chic Production
L’artiste est donc devenu producteur ?
Il y a un adage qui dit qu’on est toujours mieux servi que par soi-même. Après avoir été déçu plusieurs fois par des producteurs véreux, j’ai donc créé ma propre structure de production pour m’occuper de moi et aider aussi les autres artistes. J’ai même dû suivre dans ce cadre une formation de deux ans en communication-graphisme.
Parlons à présent de votre dernier concert dénommé « Concert de la tolérance » qui a eu lieu le samedi 11 décembre 2010 au Théâtre de verdure du Hall des Arts. Pourquoi un tel titre ?
« Concert de la tolérance » à cause de la situation, des tensions politiques du moment. Moi, j’aimerais bien pouvoir retrouver tout mes amis à chaque fois que je quitte Paris pour Cotonou, rester avec eux afin de faire de belles choses ensemble. Je demande aux Béninois d’être tolérants, et patients afin que les tensions que nous observons n’amènent pas à des violences, ni à la guerre. Le Bénin est un et indivisible et doit rester tel, afin de préserver notre réputation de pays démocratique que toutes les nations nous reconnaissent. Et je crois fermement que notre appel a été entendu puisque le public a fait massivement le déplacement dans le but de solidifier notre paix, de consolider notre démocratie. Cette paix chèrement acquise et bénie par Mgr de Souza lors de la Conférence des forces vives de la nation. Il ne faudrait pas que des politiciens mal intentionnés, des oiseaux de mauvais augures viennent semer la zizanie entre nous. Car après tout, c’est le peuple qui aura le dernier mot.
Quelle lecture faites-vous de l’état actuel de la culture béninoise ?
C’est vraiment dommage. Je dis cela parce qu’à voir tout ce qui se passe, je vois que le Bénin est entrain de perdre son identité culturelle. On ne demande pas aux politiciens de sortir des millions pour donner aux artistes. Mais commencer à payer 2000F CFA pour aller voir un concert de la paix, c’est déjà faire quelque chose pour promouvoir les artistes. Mais ils préfèrent construire des maisons, acheter des Infinity [une marque de voiture haut de gamme actuellement à la mode : Ndlr], etc. Que font-ils pendant que des Libanais quittent leur pays, créent l’eau Eden ? Les étrangers exploitent nos ressources et s’enrichissent pendant que nos politiciens n’ont que pour but d’accéder au pouvoir. C’est dommage ! Mon pays est entrain d’être colonisé d’une manière classique. Quand on voit sur les affiches de Glo-Bénin les photos des artistes Nigérians, alors que ce sont nos pauvres mères, frères et sœurs qui achètent le crédit glo, et qu’on envoi notre argent aux artistes étrangers, ça doit faire réfléchir. Moi, j’aimerais bien que mes fils voient sur ces affiches la photo de Nel Oliver, de Sagbohan Danialou, de John Arcadius, de Gnonnas Pedro et autres, pour chercher à leur ressembler un jour. Ils avaient mis la photo de Zeynab qu’ils sont encore entrain d’enlever. Il faut que notre argent circule entre nous Béninois. Moi, je suis en France, mais vous ne verrez pas un artiste américain venir faire la publicité pour SFR ou Orange, parce qu’ils ont compris qu’il faut faire la promotion de leur propre culture. On est entrain d’enterrer notre culture en acceptant trop les choses qui viennent d’ailleurs. Nos promoteurs Béninois sont prêts à payer 3.000.000 F CFA à Arafat dj pour venir crier au Bénin, mais ils refusent de payer 500. 000F CFA à un artiste Béninois pour un concert. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas bon : je prends John Arcadius, c’est un seigneur, Sagbohan Danialou, c’est un dieu. Mais pourquoi ne pouvons-nous pas les promouvoir et les soutenir ? Quelqu’un qui vient du Ghana et qui se retrouve à Kouhounnou aura l’impression d’être au Nigeria. Mais ou se trouve l’identité du Bénin ? Réagissons car vous ne trouverez aucune tête d’artiste Béninois à l’étranger. Aller au Niger à coté, leur HAAC a décidé que leurs radios joueraient 80% de leur musique nationale, mais au Bénin c’est 95% de musique étrangère contre 5% de musique nationale. Que se passe-t-il au Bénin ?
On voit bien que Richard Flash est remonté contre l’ordonnancement de la culture de son pays. Mais de façon concrète, quels projets Richard Flash initie-t-il face à tout ceci ?
Mon projet à long terme est de devenir un jour Ministre de la culture pour pouvoir aider à redonner une réelle identité culturelle au Bénin. A court terme, j’entrevois faire une tournée nationale avec Robinson Sipa qui, qu’on le veuille ou non, est un génie de la musique.
Quels sont vos apports en attendant d’être Ministre pour aider le Bénin à retrouver son identité culturelle ?
Je commence d’abord par produire de belles œuvres moi-même, et en chantant autant que possible dans nos langues nationales. Aussi, grâce à ma maison de production j’aide quelques artistes, je les accompagne dans la production des spectacles. J’ai aussi fait venir au Bénin Bonkana Maïga pour lui montrer qu’il y a encore au Bénin des talents capables d’assurer la relève dans le groupe ‘’Africando’’, après la mort de Gnonnas Pedro. Mais comme on est au Bénin, les gens ont cru que je le faisais pour l’argent. Mais non, je le faisais pour que le nom du Bénin dans ce célèbre groupe ne meure pas avec la disparition du Maestro Gnonnas Pedro. Le samedi dernier, j’ai fait jouer Robinson Sipa au « Concert de la tolérance » après que, depuis 13 ans, plus personne ne lui avait proposé un concert. On dit de lui qu’il est fauché par la drogue ; pourquoi les cadres du Ministère de la culture ne font rien pour l’aider ? Pourquoi ne l’envoie-t-on pas en centre de désintoxication, alors qu’on sait qu’il est un génie et qu’il peut apporter beaucoup à notre musique. Il faudrait que les autorités apprennent à tendre la main aux artistes en difficulté. Donc voila un peu mes apports.
-Votre mot de la fin
Je remercie le quotidien « Le Confrère de la Matinée » et je souhaite vivement que ce journal ait toujours une page culture dans ses colonnes. Je souhaite vivement que les autres journaux l’imitent. Je dis ça parc qu’on constate que les journaux aujourd’hui ne parlent que de politique, encore et encore. J’entends dire que c’est parce que les hommes politiques paient bien contrairement à nous autres artistes. Je ne sais pas si c’est vrai. Mais quoi qu’il en soit, pensez aussi à notre culture. Enfin je dis aux Béninois de prendre conscience et de ne choisir que le meilleur et que la démocratie et la paix règnent au Bénin. Mercie et bonne fête à toutes et à tous.
Propos recueillis par
Sèna Charline GAHOU (Satg.)
Le 21/12/2010