L’actualité nationale au cours de la semaine écoulée a été dominée par la grève des syndicats de base, la décision DCC 11-042 du 21 juin 2011 de la Cour constitutionnelle mais également par l’abondante communication qu’a faite le gouvernement sur le point des dépenses publiques engagées au cours du dernier quinquennat, en vue de satisfaire les revendications sociales.
(Photo Mathurin Nago, président de l'Assemblée nationale)
L’un des points marquants de l’actualité socio-politique de la semaine qui vient de s’écouler est la présentation qu’a faite le gouvernement, le ministère de l’Economie et des Finances en l’occurrence, au sujet des ressources publiques englouties par le Dr Boni Yayi dans la satisfaction des revendications salariales et sociales au cours de son premier quinquennat.
Rassemblée en 9 points, cette communication est un tableau synthétique du coût et des différentes rubriques de la satisfaction des revendications des travailleurs de l’administration publique, ainsi que le recrutement de nouveaux agents permanents de l’Etat.
A première vue, on pourrait simplement situer une telle présentation dans le cadre d’un simple point des efforts consentis par l’Exécutif dans son approche de gestion de l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents permanents de l’Etat. Mais à y regarder de près, il n’est pas à exclure qu’une telle initiative relève d’une volonté délibérée de livrer les bénéficiaires des dépenses sus indiquées à la vindicte populaire. En effet, c’est à travers une série de communiqués, relayés en boucle par les chaînes de télévision de la place, que le gouvernement informe sur le niveau des dépenses engagées au profit des fonctionnaires de l’administration publique.
En plus de la fréquence de ces communiqués, les agents permanents de l’Etat sont présentés (dessein ???) comme la catégorie très peu représentative de la population à laquelle le gouvernement a pourtant consacré la plus importante part des ressources fiscales. Sinon pourquoi la référence du pourcentage (à peine 1% de la population) des agents permanents de l’Etat par rapport à la grande majorité des citoyens ? D’autre part, les communiqués mettent systématiquement en relief le caractère inédit des dépenses engagées par un gouvernement au Bénin ; une occasion pour l’Exécutif de se poser en victimise et en philanthrope en comparaison du niveau du dépassement ratio masse salariale/recettes fiscales dans la sous-région.
C’est à croire que c’est le couteau sous la gorge qu’il a été contraint de donner satisfaction aux revendications. C’est tout comme si à l’époque, il ne mesurait pas la portée de son approche des revendications et qu’il était tenu d’apurer l’intégralité des arriérés de salaire dus par les régimes précédents. Est-ce par pure magnanimité que le chef de l’Etat avait accédé aux exigences des travailleurs ou par nécessité et en fonction des disponibilités budgétaires de l’Etat ?
Ce qui est certain, le gouvernement avait la latitude de revoir à la baisse les avantages accordés aux travailleurs, pour peu qu’il fît preuve de bonne volonté, qu’il engageât un débat sincère et qu’il donnât lui-même l’exemple en minimisant ses propres dépenses, en réduisant les salaires de ses membres….En procédant comme il le fait actuellement, le gouvernement du Dr Boni Yayi croit-il pouvoir apitoyer l’opinion publique nationale et la communauté internationale sur son sort ? Probable ! Mais en réalité, il livre les travailleurs à la vindicte populaire grâce à un lynchage médiatique qui les présente, non plus comme des partenaires privilégiés de l’Exécutif, mais comme des prédateurs des maigres ressources de l’Etat. C’est une démarche qui n’est pas propice à l’instauration du climat social apaisé sans lequel aucune action de développement n’est possible au point d’espérer mettre sur les rails la politique dite de « Refondation ».
Faustin B. ADJAGBA
Le 27/06/2011