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Le Consul général du Bénin dans le Nord-Pas-de-Calais : « Li
Le Consul général du Bénin dans le Nord-Pas-de-Calais : « LiC'est avec une certaine surprise que les ressortissants béninois de Lille et environs ont appris que Joseph Ménard de Pognon (Photo), leur Consul général allait leur rendre " officiellement " visite dans la capitale des Flandres. Alors qu'au Consulat du Bénin, rue du Faubourg d'Arras on n'avait prévu qu'une dizaine de chaises destinées aux responsable des associations, il y eu trois fois plus de monde. Allait-on assister aux sanglantes batailles d'idées dont les Béninois sont si friands ? Nenni. Convivialité et courtoisie ont débouché sur de franches accolades autour d'un pot de l'amitié offert par le consul honoraire, Servais Tomavo. Mais, qu'avait à dire le Consul général à ses compatriotes du Nord-Pas-de-Calais ? Un bref compte-rendu d'une rencontre fructueuse qui, visiblement, va en préparer d'autres.

En arrivant à Lille ce samedi 11 juin 2011, le Consul Général n'était visiblement pas en terrain inconnu. On le saura à travers la présentation très conviviale faite par le Consul Honoraire Servais Tomavo dans une salle du consulat peu habituée à abriter autant de monde à la fois. Joseph Menard de Pognon ne boudera pas le plaisir de voir sa visite susciter une telle mobilisation des Béninois de Lille et environs.

"Nous sommes en train de prendre contact avec la diaspora béninoise. Il y a deux semaines, nous étions à Nantes, dans l'Ouest de la France, mais c'était dans un autre cadre. Nous y reviendrons. Je voudrais rassurer ceux et celles qui pensent que Lille et nos compatriotes du Nord-Pas-de-Calais sont négligés par le Consulat général. Pour nous, Lille est une ville importante que nous avions déjà visitée deux fois à titre privé. Mais, nous avions toujours senti que Lille est très proche de nous ".

Bientôt, deux nouveaux consulats…
" Dès notre prise de fonction en 2007, nous avions senti la nécessité d'apporter des réformes utiles et nécessaires et de trouver un nouveau style de travail, car le Consulat général est la vitrine du Bénin à l'étranger. En ce sens, les consulats honoraires dont les champs d'action sont définis de façon précise, nous aident dans notre travail qui consiste aussi à nous rapprocher de la communauté".

Selon un engagement pris par les autorités béninoises, le Consulat général est en train de procéder à la couverture de deux régions françaises où les pourparlers sont en cours pour l'installation prochaine de deux nouveaux consulats honoraires. "Nous avions déjà l'autorisation des autorités françaises pour ouvrir un consulat à Nantes et un autre à Strasbourg ". L'ouverture de ces deux nouveaux consulats éviteront aux Béninois et aux non-Béninois des pointes Est et Ouest de la France, de devoir monter jusqu'à Paris pour cartes consulaires, visas, passeports et autres documents.

Le Consulat Général à l'aide
Après ce qu'on a pu considérer comme un préambule, Joseph V. MENARD de POGNON est entré dans le vif du sujet : " Je vais maintenant aborder un point qui nous préoccupe. Il est lié aux actions que vos différentes associations mènent en faveur du Bénin. Je note que parmi ces actions, celles tournées vers l'éducation, la formation et la santé sont prépondérantes. Il s'agit de trois secteurs importants et porteurs pour le Bénin ".

Après avoir abordé la question du visa pour ceux de ses compatriotes qui sont persuadés qu'ils n'ont pas à s'en acquitter au consulat avant d'aller au Bénin, Razak Oba, le président de l'ARBF (Association des Ressortissants Béninois en France) a posé l'éternel problème du retour des cadres Béninois dans leur pays et surtout des mesures incitatives pouvant favoriser de tels retours. C'est alors que - dans l'hilarité générale - on a assisté à un pittoresque face à face entre le Consul général et Razak Oba, quand le premier, prenant la salle à témoin, interpela le président de l'ARBF: "Monsieur Razak Oba, ne détournez pas la tête et en me regardant droit dans les yeux, dites-moi si vous êtes prêt, tout de suite à rentrer travailler au Bénin". La réplique ne tarda pas : " Vous savez bien, Mr le Consul général que cela ne se fait pas du jour au lendemain, mais je peux vous dire que je suis prêt à y aller. Mon association ADT-SUD (Agir pour le Développement des Territoires du sud) me permet de travailler dans ce sens dès maintenant. Donc, Mr le Consul, en vous regardant droit dans les yeux, je vous dit que je suis disposé à rentrer travailler au Bénin".

On notera aussi la promesse faite par Mr Servais Tomavo, le Consul honoraire aux associations béninoises : " vous savez que si vous avez besoin de soutien dans vos projets comme dans vos manifestations, le consulat est là". S'agissant des "manifestations d'envergure dans la région " souhaitées par le président de l'ARBF, Mr Tomavo n'est pas contre mais faute de temps il sera le facilitateur de tels projets si ceux-ci sont élaborés.

La parole aux associations
Puisque le Consul Général avait aussi pour mission d'entendre les uns et les autres, il passa la parole à ses compatriotes. On retiendra :

Gratien Towanou: Président d'ALP Services
"Les associations des Béninois de la diaspora ont toujours envie de faire des choses pour leur pays et dans leur pays. L'une des grandes difficultés, c'est celle que rencontrent les associations une fois sur place. Il faut savoir qu'ici en Europe, on met toujours la main à la poche pour faire telle ou telle action, mobiliser des professionnels, affréter et faire convoyer un conteneur, ce qui représente beaucoup de travail et de l'argent. Il est donc souhaitable pour nous qu'une fois dans notre pays, les tracasseries administratives ne nous fassent pas baisser les bras".

Mariam Damageux: Présidente de Kabé Benin
(D'origine peule, elle a créé l'association en juillet 2002 à Loos-en-Gohelle dans la Pas-de-Calais).

"Notre association a pour objectif d'apporter une aide aux habitants du village peul de Kabé et des alentours, afin qu'ils puissent accéder à l'éducation et aux soins, et développer leurs activités. Nous travaillons dans le domaine de la salubrité, mais sur le terrain, nous rencontrons beaucoup de difficultés, surtout avec les maires et les chefs secteurs. Kabé ville propre, nous en sommes encore loin. Comment faire face ? "

Ghislain Adjovi: Présent à titre individuel
"La tendance actuelle est aux transferts de plus en plus nombreux des déchets électroniques. Ces matériels (ordinateurs, imprimantes et autres) sont bien des déchets qui, en fin de vie, sont fortement énergivores ; de plus ils contiennent du béryllium, dangereux pour certains de nos organes comme les yeux, les reins, la peau ;du baryum qui atrophie les muscles, touche le cœur et le foie même en cas de courte exposition. Je pense aussi aux effets toxiques et irréversibles du cadmium utilisé pour stabiliser le plastique des appareils, mais qui peut détruire les reins en cas d'exposition. Bref, dans nos envois au pays, nous devons penser, aussi bien à la nocivité de tels poisons, donc à la pollution de nos milieux naturels ainsi qu'à la protection de notre environnement béninois. Là-bas, nous ne disposons ni d'une structure de collecte nationale des déchets électroniques, ni des moyens d'un recyclage efficace et sécurisé.".

Gilles Tro: Président de l'association Action pour la Santé et l'Education(ASE)
"Moi, mon intervention porte sur l'accord de siège. On nous en a parlé et nous avions fait les démarches nécessaires, mais elles n'ont pas abouti au prétexte que nos actions ne couvrent pas l'ensemble du territoire national au Bénin. Pourtant, nous connaissons des associations qui, sans avoir fait, ne serait qu'une partie de ce que nous avions fait jusqu'ici pour le pays, ont obtenu un tel accord de siège. Que faire ?".

Eliane Aïssi: Présidente de La Rifen - Nord-Pas-de-Calais
"J'abonde pleinement dans le sens de l'intervention de Ghislain Adjovi qui, pour moi, a abordé un point capital. Il est particulièrement important qu'on cesse de faire de notre pays, le mouroir des appareils obsolètes de l'Occident. Il y a donc nécessité à se montrer particulièrement vigilant quant à la nature de nos envois au pays. Ne perdons pas de vue qu'il y a là-bas, au Bénin, des travailleurs, des ouvriers, des créateurs, des ingénieurs que les moyens de nos différentes associations pourraient mettre au travail en nous évitant certaines tracasseries (collectes, entreposages, expédition, sorties de douanes etc.) qui n'aboutissent finalement qu'à faire de notre pays, une poubelle de l'Occident ".

Razak A. Oba: Président de l'ARBF
Pour moi, on ne peut pas prétendre à une proximité sans contact avec sa communauté. Vous êtes là et ça nous rassure. Comme on le dit : mieux vaut tard que jamais. Au nombre des interrogations de la communauté que je représente, il y a également, pour ceux de nos compatriotes qui ont la double nationalité, le problème du visa pour rentrer au Bénin. Je pense que pour bien communiquer avec mes compatriotes, une clarification s'impose.

Joseph Ménard de Pognon
"Soyez présents à notre journée de réflexion "
"Vos différentes interventions et les questions posées ici nous interpellent. Plus particulièrement les questions relatives aux envois de matériel au Bénin. Nous savons bien que pour la plupart d'entre vous, c'est un vrai cauchemar. Nous sommes constamment approchés au Consulat général par des acteurs qui collectent des effets pour les envoyer au Bénin. Il s'agit de demandes verbales et écrites où on sollicite l'aide du Consulat pour stocker, transporter le matériel ou même de bénéficier d'exemptions de taxes douanières. Je vais vous le dire sans détour, nous n'avons pas toujours été en mesure de répondre à ces attentes.

Notre compatriote Ghislain Adjovi a posé un problème capital sur lequel Mme Eliane Aïssi est revenu : celui des déchets électroniques. Avions-nous tous pris conscience de la gravité du problème ? Il y a là plusieurs problèmes qui vont de l'usage qui est fait sur place de ces matériels dont certains ne fonctionnent même pas une fois arrivés à destination. Quand on répertorie les composantes de ces ordinateurs et autres, on voit qu'une fois dans la nature, il se pose des questions de pollution de l'eau et de la nature, des risques d'atteinte à la santé des personnes par simple exposition ou par inhalation de certaines substances qui sont très nocives pour le cœur, les yeux notamment. Faudrait-il continuer à envoyer de tels matériels ? Si oui, ne faudrait-il pas avoir un autre regard sur ce qu'on envoie ?

S'agissant de l'accord de siège, ce sont les ONG internationales qui en bénéficient généralement parce que leurs actions sont étendues à plusieurs régions dans un pays et souvent dans plusieurs pays à la fois. Ces ONG (qui ne sont pas nombreuses) ont des moyens et une surface financière que n'ont pas vos associations qui représentent pourtant 95 pour cent de celles qui agissent dans l'humanitaire en direction des communes et des villages du Bénin. Je pense qu'il y a lieu d'interpeler les autorités afin qu'elles prennent en compte l'importance du nombre que représentent les associations des Béninois de la diaspora. Le consulat général sera le relais de vos préoccupations sur cette question, mais il vous appartient de poser clairement le problème. Donnons-nous l'occasion de faire le point de toutes ces questions. 

S'agissant de la double nationalité et du visa pour rentrer au Bénin, chacun est libre de faire comme il veut. Mais, il faut toujours compter avec les tracasseries de l'aéroport. Si vous rentrez avec votre passeport béninois, à Cotonou, on vous laisse rentrer sans problème puisque vous rentrez chez vous. Au retour, vous êtes astreint aux formalités d'usage et si vous sortez votre passeport français que vous n'avez pas utilisé à l'aller, vous vous exposez à des problèmes qu'on ne règle pas en deux, trois minutes. Moi, je tiens à redire ici que certains de nos compatriotes qui pensaient qu'il suffisait de jouer avec deux passeports à Roissy et à Cadjehoun ont eu de désagréables surprises. Combien de fois certains de nos compatriotes n'ont-ils pas appelé le Consulat général en catastrophe pour se faire reconnaître comme Béninois rentrant au pays, donc exempté du visa ? Pendant ce temps, l'avion n'attend pas. D'autres, après avoir raté leurs vols, ont cru nous tenir responsables en s'emportant au téléphone : " j'ai appelé et à mon nom, vous savez que je suis Béninois. Vous m'aviez même entendu parler fon etc. ". Les ennuis à l'aéroport ne sont pas à exclure et je tiens à préciser aussi que même si vous avez la double nationalité, la loi ne vous autorise pas, sur un seul et même trajet (par exemple : Paris/Cotonou/Paris), de voyager avec deux passeports différents. A mon niveau, c'est désormais clair, j'ai fait deux interventions pour débloquer la situation à l'aéroport. Désormais, je ne bouge plus. Nos compatriotes savent bien qu'avec leur carte consulaire, ils ne payent que 20 euros alors qu'ailleurs, c'est parfois 100 euros. Je le redis, chacun fait comme il l'entend, mais le jour où les problèmes surgissent, il faut savoir assumer sans chercher un bouc émissaire. Cela dit, je suis ravi d'avoir entendu Mr Oba nous promettre d'être présent à la Journée de réflexion de Paris où nous reparlerons de tout ça. 

Il y a donc un travail de fond à faire autour de toutes ces préoccupations. J'ai pensé qu'il serait utile et important pour vous et pour nous qu'il y ait dans les semaines, dans les mois à venir, une journée de réflexion qui aura lieu à Paris. Je sais qu'il y a parmi vous, des associations qui ont une expérience certaine dans le domaine des envois de conteneurs, des solutions d'entreposage et autres. Leur présence est souhaitée lors de cette journée de réflexion. Aucune date n'est encore fixée pour cette journée de réflexion, mais nous pensons pouvoir la mettre en place pour le mois de novembre 2011. Notre souhait, c'est de voir le gouvernement béninois participer à cette journée de réflexion.
Ce que je peux vous dire, c'est que les autorités sont au courant, mais elles ne sont pas, à mon avis, suffisamment sensibilisées à l'essentiel des questions que vous venez de poser la question. Il y a donc un travail à faire en ce sens. Retrouvons-nous au mois de novembre prochain pour faire le point". 

Par Dave Wilson – Lille le 11 juin 2011



Le 05/07/2011
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