Le Bénin peut réaliser son autosuffisance alimentaire par le développement de son agriculture. Mais malgré la volonté politique affichée par le Chef de l’Etat, le secteur peine à sortir la tête de l’eau. Pourtant un plan stratégique de relance du secteur agricole existe bel et bien. Qu’est-ce qui empêche son application ?
L’émergence du Bénin passe forcément par la mise en œuvre de stratégies efficientes de développement de tous les secteurs de production et une volonté politique au sommet de l’Etat.
Au regard des milliards injectés et les multiples descentes de Boni Yayi dans les champs agricoles, il est clair que la volonté politique existe et est manifeste dès les premières heures du changement. En effet, depuis son investiture en avril 2006, le Chef de l’Etat a démontré son attachement au développement de l’agriculture béninoise par la prise de nombreuses résolutions permettant d’accroître les rendements dans la production agricole. Au nombre de celles-ci, il y a le plan stratégique de relance du secteur agricole qui renferme le fameux Projet de Promotion de Mécanisation de l’Agriculture (Ppma). Malheureusement la volonté de Boni Yayi de voir l’agriculture béninoise sortir de l’ornière contraste avec le laxisme et le manque d’initiatives des cadres à divers niveaux. Car il est inadmissible que, cinq ans durant, le plan stratégique de relance du secteur agricole élaboré après des études coûteuses, ne donne pas satisfaction. Tout le monde sait que le volet Ppma a montré ses limites avec un scandale rocambolesque dénoncé par l’honorable Janvier Yahouédéou au cours de la 5ème législature. Qu’est-ce qui empêche d’aller au-delà du projet de mécanisation de l’agriculture et de mettre en application les autres volets du plan ? Dans une interview accordée à la presse, Idrissou Bako, Coordonnateur national du Programme de Développement Agricole des Communes du Bénin (Pdac), relevait les fondamentaux pour un meilleur rendement du secteur agricole.
Dans son diagnostic il a montré que « l’équipe de coordination doit aller au-delà de l’acquisition et la distribution des tracteurs pour aborder les questions de prise en compte des contraintes de gestion durable des ressources naturelles ; la formation de tractoristes professionnels ; le renforcement des capacités techniques des exploitants agricoles ; la disponibilité des pièces de rechanges au niveau des boutiques spécialisées à installer ; la mise au point par la recherche des itinéraires et paquets techniques de production ; le suivi des bénéficiaires d’équipements dans l’utilisation des matériels acquis ». Il préconisera aussi de faire des « … investissements structurants à travers les aménagements hydro-agricoles permettant une meilleure maîtrise de l’eau ; de promouvoir la professionnalisation des exploitations familiales et l’organisation des acteurs ; de mettre en place un dispositif de mise en œuvre du plan stratégique de relance agricole ».
La question qui se pose est de savoir pourquoi M. Bako ne passe pas à l’action ? En tant que Coordonnateur national du programme de développement agricole des Communes du Bénin, n’a-t-il pas la latitude de mettre en œuvre toutes les stratégies énumérées avec brio ? Manque-t-il d’ambitions ou d’inspirations pour accompagner la vision de Boni Yayi ? Surtout qu’il reconnaît que la stratégie à mettre en place est illustrée dans les PSRSA et qu’il faille simplement accélérer le processus de sa mise en œuvre en prenant en compte certaines observations du ministère en charge de la prospective et du développement ? Pourquoi n’imprime-t-il pas l’élan que les autres doivent suivre à son domaine de compétence ?
Il ne serait pas exagéré de qualifier le comportement des techniciens de l’agriculture de laxisme. En effet, c’est manquer de responsabilité que de maîtriser le processus de mise en œuvre d’un programme mais de ne pas le traduire dans les faits, surtout quand les moyens financiers et la volonté politique ne font pas défaut.
Le Chef de l’Etat, malgré sa bonne volonté et son dynamisme à nul autre pareil, n’a pas le don d’ubiquité, n’est pas Tarzan et ne peut donc tout faire lui-seul. C’est pourquoi il s’est entouré de personnalités aux compétences diverses et variées pour l’aider. Il urge donc que le nouveau ministre de l’Agriculture s’approprie cet instrument de développement du secteur agricole pour en faire une réalité palpable. Autrement, Sabaï Katè, tout comme ses prédécesseurs, aura été un ministre de l’agriculture de plus.
Félix OTENIA
Le 07/07/2011